Le tutorat dans tous ses états

14 juillet 2017

A travers deux articles, nous souhaitons mettre en avant le tutorat. Le premier vous présentera différents types de pratiques observées dans le secteur.  Dans un article à paraitre la semaine prochaine, nous soulignerons comment le tutorat peut s’inscrire dans la gestion des compétences.

Ces deux articles se basent sur le travail de recherche lancé par différents Fonds de l’Apef et de FE.BI.  Ces recherches avaient pour but d’analyser les pratiques de tutorat pour ensuite identifier des facteurs de réussite et d’amélioration dans la mise en œuvre du dispositif.

Quelques éléments pour définir le tutorat

Le tutorat est une pratique bien implantée dans le secteur non marchand.  Elle établit une relation entre une personne ayant acquis des compétences et une autre en recherche d’apprentissages et d’évolution professionnelle.

Différents critères influencent sa pratique ; la durée par exemple.  Ou encore le profil du tutoré et les objectifs poursuivis par le tutorat.   Signalons encore deux éléments importants :

  • le fait que la fonction soit unique dans l’institution ou pas.
  • le niveau hiérarchique de la fonction du tutoré. Plus il sera élevé, plus le tutorat aura tendance à s’allonger, se formaliser et être centré sur l’appropriation de savoirs techniques mais aussi symboliques (liés à la culture professionnelle de la structure).

Et pourquoi mettre en œuvre un tutorat ?

Différents niveaux peuvent être pris en compte.

Premièrement, celui de l’organisation qui à travers le tutorat trouve une moyen pour :

  • faire face à un vieillissement de son personnel en impliquant les travailleurs les plus âgés dans le renouvellement des forces de travail.
  • répondre aux attentes de son personnel mais aussi des bénéficiaires et des pouvoirs subsidiant qui encouragent cette pratique. 
  • aider à la transition entre les membres fondateurs et la mise en place d’équipe de direction nouvelle.

Ensuite, il y a le niveau des équipes.  Il peut s’agir d’aménager un temps de travail avec une mission de transmission de savoir.  Pour l’écolé, il s’agira de comprendre le fonctionnement réel d’un service, de passer de la théorie à la pratique en bénéficiant de l'appui d'un professionnel aguerri.  Le tutorat peut aussi être une manière d'interroger les pratiques développées par l'équipe, de prendre du recul par rapport à celles-ci.

Au niveau du tuteur, différents raisons sont mises en avant, tels :

  • la reconnaissance et la visibilisation de la fonction occupée.
  • la confiance en soi, la reconnaissance: le tuteur ressent un sentiment fort d’utilité dans l’accueil et l’intégration d’un nouveau travailleur.  Cette pratique leur permet de mettre en lumière l’ampleur de leur savoir et de leur expérience
  • le renouvellement du regard,  l'acquisition de nouvelles compétences : les tuteurs expliquent que la confrontation à des nouveaux travailleurs, plus jeunes, apporte un nouveau regard qui est intéressant et qui leur permet de renouveler leur pratiques professionnelles.

Pour le tutoré,  les avantages sont :

  • La transmission de savoirs théoriques et pratiques.
  • la prise de distance par rapport à l’action grâce à des moments d'interaction avec le tuteur.
  • la transmission de savoir-être, de réalités propres à l’institution, tellement évidentes que parfois non communiquées formellement aux nouveaux travailleurs (projets pédagogiques et éducatifs, pratiques, valeurs, bénéficiaires…).
  • un accompagnement formalisé avec une série d’étapes incontournables qui garantissent au tutoré qu’il est attendu et accueilli.  Ceci facilite une intégration rapide dans l’équipe.
  • un point de répère : Une oreille attentive et bienveillante pour « vider son sac »  ou aborder certaines difficultés vécues au travail.
  • la prise de confiance, l'estime de soi du nouveau travailleur au fur et à mesure du tutorat et de la prise d'autonomie.

Les multiples facettes du tutorat dans le non-marchand

Six modes de fonctionnement ont été mis en avant par le travail de recherche.  Ils ont leurs spécificités mais aussi des caractéristiques communes. 

Les trois formes les plus connues de tutorat sont :

  • Le tutorat de formation (destiné aux étudiants en formation durant leur stage)
  • Et sa déclinaison, le tutorat d’insertion, se centrant sur le public des jeunes travailleurs peu qualifiés qui se forment en alternance
  • Le tutorat d’intégration (qui vise l’intégration des nouveaux travailleurs)

D’autres pratiques, plus ciblées, sont aussi mise en pratique dans le secteur :

  • Le tutorat de réintégration (pour accompagner le travailleur suite à une absence de long terme, de l’ordre de 6 mois minimum)
  • Le tutorat de transmission (principalement mis en œuvre pour la prise de fonction élevée dans la hiérarchie)
  • Le tutorat de transformation (pour les institutions devant aborder une évolution de leur public, des savoirs et techniques ou de leur mission)

En attendant la suite…

Dans un second article nous reviendrons sur les points communs entre les différents types de tutorat mais aussi ce qui les facilite.  Nous établirons également les liens avec d’autres pratiques à l’œuvre dans la gestion des compétences.

Pour les personnes souhaitant s’inscrire avec leur organisation dans des pratiques de tutorat, des formations et des intervisions entre tuteurs sont mises en place par l’APEF avec différents opérateurs.  Elles se dérouleront entre mars et mai 2017.  C’est une opportunité unique de développer vos compétences de tuteur.

Focus sur le tutorat d’intégration, de transmission et de transformation

Dans le tableau ci-dessous, vous trouverez un comparatif entre ces trois types de tutorat qui implique des travailleurs qui ont vocation à s’inscrire dans la vie de la structure.  Les autres sont centrés sur des apprenants qui, in fine, pourraient potentiellement devenir des travailleurs au sein de la structure, les stages pouvant servir pour identifier des profils qui colleraient à ceux recherchés.

  tutorat d'intégration tutorat de transmission de transformation
le bénéficiaire

un travailleur intégrant la structure ou un nouveau service, une nouvelle équipe au sein de celle-ci

un travailleur prenant en charge une fonction hiérarchique (direction, coordination, chef de groupe, chef éducateur) ou unique (un référent-formation par exemple) l'institution dans son entièreté
quand dans la première année suivant l'engagement ou le changement en fonction du moment auquel le remplacement doit avoir lieu déterminé par une évolution qui implique une transformation profonde de la structure
les raisons spécifiques mise en commun des valeurs fondatrices * mise en commun des valeurs fondatrices
* passage de relais lors de remplacement de fondateur de la structure --> occasion d'un travail réflexif sur les valeurs et le parcours de la structure réflexion autour du partage des fonctions occupées par ce travailleur
* pour des fonctions uniques au sein de la structure
pour des stuctures qui  doivent faire face à l’évolution de leurs publics et se transformer, faire évoluer les savoirs afin d’adapter les modalités de prise en charge de ces publics.
le moment clé le premier contact pour minimiser l’insécurité et l’inquiétude que peut ressentir un nouveau travailleur si la fonction est reprise par une personne en interne, une communication spécifique pour valoriser ce choix et expliquer la procédure de tutorat mise en place le choix du tuteur : le tuteur vient d'une autre institution qui a vècu un moment similaire.  Il occupe la même fonction que le tutoré et doit pouvoir s'inscrire dans la culture de la structure d'accueil
méthodes d'actions * le travail en doublon, qui consiste à prévoir des plages horaires ou le tuteur et le tutoré travaillent ensemble, directement dans l’action
* des rencontres régulières entre tuteur et tutoré
*des réunions avec d’autres membres de l’équipe ou de la structure
* du temps pour parcourir des documents fondateurs
*des moments d’évaluation
*une planification précise et un phasage séquencé dans la transmission du métier
* les méthodes d'actions du tutorat d'intégration peuvent être utilisées
* intervision avec un professionnel ayant vécu une situation similaire
* les méthodes d'actions du tutorat d'intégration peuvent être adaptés à cette réalité précise, en veillant à valoriser 'impact collectif visé par ce tutorat
outils *un plan d’accompagnement afin de structurer les différentes étapes  avec des repères temporels, des personnes à rencontrer et des contenu à transmettre ;
*une grille d’identification des besoins pour le nouveau travailleur
* un livret d’accueil
* le descriptif de la fonction afin clarifier les attentes.  Il aide à la fois le tuteur en lui fixant un objectif et tutoré qui l'utilisera comme outil d’auto-évaluation ou de détection des besoins
* un journal de bord qui permet tuteur et au tutoré de s'approprier individuellement son parcours .  Ce journal sert aussi à préparer des moments clés du plan d'accompagnements ou des rencontres de suivi
*...
* les outils du tutorat d'intégration peuvent être utilisés en veillant à  des feedback réguliers
• des tableaux de bord interactifs veilleront notamment à nourrir la  réciprocité, un des facteurs spécifiques de réussite de ce tutorat
 
* les outils de communication et de gestion du changement
* des moments d'échanges réguliers avec des plans d'actions impliquant les acteurs du tutorat